Mardi 15 janvier 2 15 /01 /Jan 14:03

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Le studio danois de design Bessermachen vient de nous livrer une intéressante étude de cas sur la typologie de l'aliment avec sa dernière ligne de chocolats "Chocolate with attitude".

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Les campagnes précédentes utilisaient déjà la même typologie et les mêmes références à des caractères humains mais la déclinait dans un autre style. En 2011, la marque jouait la nostalgie rétro sexy avec des pin up fifties.   
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En 2010, la typologie n'avait pas passé la barrière de la langue danoise mais affichait déjà les douze catégories soulignées cette année par une "signature sentence", une citation qui renforce l'identité du nom choisi.  

- l'attentionné (the care giver)
     "If you want to lift yourself up, lift up someone else" Booker T. Washington

- le créateur 
     "It take a lot of hard work to make something simple". Steve Jobs

- le rebelle 

     "If you obey all the rules, you miss all the fun". Katharine Hepburn

le héros 
    "Courage is knowing what not to fear". Platon

- le magicien
    "The real secret of magic lies in the performance." David Copperfield

- le sage
     "The only true wisdom is in knowing you know nothing". Socrate

- l'innocent
     "Honesty is the best policy." Ben Franklin

- le normal (the everyman)
     "Common sense is just genius dressed in its working cloths". Ralph Waldo Emerson

- le séducteur
     "I can resist everything except temptation".  Oscar Wilde 

- l'amuseur
     "All the world is a stage". Shakespeare

- l'aventurier
     "Life is either a great adventure or nothing". Helen Keller

- le roi
     "You have  to think anyway, so why not think big !" Donald Trump

Avec son nouveau packaging, plus en rondeur, plus en douceur, qui rappelle de petites bonbonnières, de petits boîtes à chapeau comme les décrivent les designers ou simplement de grosses boîtes à cachous, la collection semble délibérément s'adresser cette fois-ci à une clientèle féminine qui aimerait glisser dans son sac l'une de ses boîtes comme elle glisserait son poudrier. 

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Le chocolat s'inscrit définitivement ici comme un produit à la fois intimiste et de transgressif.
Jouant sur les codes du désir et l'ambivalence d'une gourmandise prélude à l'acte amoureux, il incarne un personnage, une typicité masculine devient le subsistut - l'annonce ? la substitution ? - d'un amant de poche glissé dans son sac, ou ailleurs...
Cet acte négligemment connoté d'interdit  sous-entend une certaine suprématie féminine sur le masculin,
comme un choix de partenaires désormais autorisé aux femmes.

Cela m'a rappelé, je ne sais pourquoi, l'une des comptines de mon enfance... 



Choix ou aléas d'un amant jugé comme une gourmandise que l'on peut prendre au fil des jours et de l'envie où l'on passe d'un amant-chocolat "normal" ou un amant-chocolat "aventurier", du macho (le roi) à l'attentionné (the care giver"), de l'aventurier à l'innocent.  
Connotation du choix amoureux renforcée par la phrase inscrite sur le coffret : "Life is like a box of chocolates" de Forrest Gump, sous-entendu "You'll never know what you gonna get !"...
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Design et packaging par Bessermachen DesignStudio.
Idée et archétypes créés par Stiig Helgens Binggeli / Brandhouse.
Par Marie-Christine Clément - Publié dans : Marketing
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Vendredi 13 juillet 5 13 /07 /Juil 16:14

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La résurgence des cuisines de terroir est toujours un acte révélateur. J'ai été malgré tout surprise d'apprendre la réédition de cet ouvrage, "La Cuisine en Poitou", signé par Maurice Béguin et édité en... 1932 !

On y trouve les recettes de "ragoût d'écrevisses" - qui me dira où l'on peut trouver des écrevisses en France en 2012 !? -, "la soupe de châtaignes et de citrouille" - soupe épaisse qui sent bon l'hiver au coin du feu, passe encore -, les "abricots à l'eau-de-vie" - à part quelques néo-ruraux oubliés au fond d'une campagne sans liaison avec le monde depuis plusieurs décennies, qui peut bien avoir envie de manger des abricots à l'eau-de-vie ? -, la recette de "gibelotte de lapin de Mme Plasse à Airvault" - qui doit manger les pissenlits par la racine depuis un bon bout de temps et dont j'imagine la sauce "singée", c'est-à-dire bien épaissie de farine -, la "gouguenioche" - qu'est-ce que c'est "la gouguenioche" ? - au "Pâté de Pâques", - Ah le Pâté de Pâques mêlant viandes et oeufs, si lourd, si pesant sur le ventre, si roboratif ! - et même la "couronne des Rois de Niort"...

Si l'on met de côté l'aspect évident éminemment nostalgique de la réédition d'un tel ouvrage, l'évocation d'une sorte d'âge d'or dont les recettes ne correspondent absolument plus au goût actuel, quel peut en être l'intérêt ?

 

Je n'en vois qu'un : réaffirmer ses racines, son appartenance, son origine, son identité, sa singularité et, d'une certaine façon, se réconforter dans l'appartenance à une terre. A l'heure d'une cuisine qui n'hésite pas à mêler toutes sortes d'influence - ce qui, après tout, est sa définition, au moins dans sa définition historique française - , "la cuisine du Poitou" sent bon le terroir. Quand on parle de terroir, le chauvinisme n'est pas loin. Mais je le ressens aujourd'hui comme une béquille indispensable à notre équilibre, une réaffirmation nécessaire... sans toutefois être dupe d'une certaine manipulation nostalgique !

Un document historique, symtomatique de nos envies, de nos angoisses, de nos peurs, aussi, c'est peut-être aussi ainsi qu'il faut appréhender un livre de cuisine.

 

Par foodconsulting.over-blog.com - Publié dans : Regards sur l'actualité
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Vendredi 6 janvier 5 06 /01 /Jan 16:02

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Déjà en 2007, la célèbre maison de pâtisserie Ladurée s'était lancé dans l'aventure de la cosmétique. Savons en forme de macarons "aux délicieuses senteurs de Chantilly", gloss à la Violette, sels de bain gourmands et poudre scintillante pour le corps "au parfum sucré des brioches du pâtissier", la collusion entre le pâtissier et le parfumeur avait été effective avec la distribution de la ligne "Ladurée" par Séphora. On ne sait ce que commercialement l'aventure a donné... 


La célèbre maison de la rue Bonaparte récidive aujourd'hui avec le lancement, tout d'abord au Japon en février 2012, d'une nouvelle ligne intitulée "Les Merveilleuses de Ladurée". Ce flirt entre comestible et cosmétique semble s'inscrire dans une certaine tendance puisque d'autres marques de l'agro-alimentaire comme Cadbury se sont lancées récemment dans cette même aventure en explorant de nouvelles vertus du cacao...

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Comment ne pas rapprocher cette confusion des genres avec une image de la femme récemment mise en scène magistralement par Sofia Coppola dans son film Marie-Antoinette ? Image qui renvoie d'ailleurs au visuel de la marque. Le comestible ne peut s'extrapoler en cosmétique que lorsqu'il est sucré. Ressurgissent alors les notions de distinction, d'élégance, de joie de vivre mais aussi de transgression, liée à une femme légère, gourmande, sensuelle et volage. "Friande" aurait-on dit au 18ème siècle.
Le passage du comestible en cosmétique s'explique par cette propension de la gourmandise à se vivre comme un substitut implicite du plaisir sexuel. De la bouche au lit, il n'y a qu'un pas et du bon qui me fait du bien à l'intérieur au bon qui me fait me sentir belle aussi... Du désir de se faire plaisir au désir de plaire... pour obtenir du plaisir, il n'y a qu'une variation autour du même thème, la sensualité.

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Rappelons enfin qu'on appelait "friponneries" au 18ème siècle les douceurs et autres bonbons que les femmes laissaient traîner dans les poches de leurs jupons et grignotaient entre les repas. "Friponner" voulait encore dire au 19ème siècle "manger en dehors des repas". Avec ces gourmandises de toutes sortes, "les friponnes" ont encore de beaux jours devant elles... 

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 Vous observerez au passage les deux mêmes poses allongées, lacsives, abandonnées...

Par foodconsulting.over-blog.com - Publié dans : Tendances
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Dimanche 28 août 7 28 /08 /Août 23:25

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Vous doutez encore que la nourriture puisse avoir une fonction symbolique ? Voici comme nouvelle preuve cette folie pâtissière qui gagne la Chine nouvelle et ces quelques exemples glanés sur le site des "Underground gastronomes".

catalogue gateaux

Pour séduire les nouveaux becs sucrés chinois, les catalogues des pâtissiers de Nanjing rivalisent de crèmes, de couleurs et de formes évocatrices mais s'accompagnent aussi d'aphorismes poétiques...

"Une rencontre mystérieuse passe

Elle fait partie du monde naturel’

ou

‘Oublie de retenir tes doigts
Tu m’a amené voir les nuages roses
Partout’


cyrano ombre


Nuages, lune, pâtisserie, poésie : cela ne vous évoque-t-il pas un certain nez ?

"CYRANO
Bercés par ta voix,
Ne vois-tu pas comme ils s'empiffrent ?

RAGUENEAU, plus bas, avec un sourire
Je le vois...
Sans regarder, de peur que cela ne les trouble ;
Et dire ainsi mes vers me donne un plaisir double,
Puisque je satisfais un doux faible que j'ai
Tout en laissant manger ceux qui n'ont pas mangé !

CYRANO, lui frappant sur l'épaule
Toi tu me plais !..."

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, 2ème acte, scène IV.

ou l'art de mettre en bouche !
Par foodconsulting.over-blog.com - Publié dans : Regards sur l'actualité
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Lundi 6 juin 1 06 /06 /Juin 16:13
A partir d'une anecdote politique - Donald Trump accueillant Sarah Palin à New York - le chroniqueur Jon Stewart fait inconsciemment une brillante démonstration de l'identité new-yorkaise.
"We are a bit of a pizza Mecca !"  proclame-t-il en se moquant du choix de la pizzeria choisie par Donald Trump - appartenant à une compagnie albanaise somme toute quelconque - pour initier son invitée, Sarah Palin, aux us et coutumes de la Big Apple. Jon Stewart se transforme alors spontanément en critique gastronomique, énumérant les meilleurs endroits possibles où le millardaire et la femme politique auraient pu goûter la "vraie" "great NY pizza". 

Mais son deuxième point d'attaque, révélateur, est sur la façon inadéquate, à ses yeux, dont le milliardaire mange  sa  pizza. Un gros plan sur son assiette montre, en effet, Donald Trump, la pizza repliée à la façon d'un tacos, en train de la découper avec un couteau et une fourchette : horreur, rires, consternation... contre "l'impie", le "sauvage", qui ne sait pas manger correctement la pizza new-yorkaise, qui ne partage pas le code d'usage en utilisant "la forchetta satanica" (en italien dans le sketch), comportement ironiquement présenté comme un tour du diable "el tour del diablo" (dans un sabir franco-espagnol)...
Révélatrice encore, la chute du réquisitoire qui se termine en remettant en cause le lieu de naissance du milliardaire : "You know what ? I want to see your birth certificate. I don't even think you were born in NY..."
Pour conclure, Jon Stewart, en très grande forme, fait une démonstration de comment un "real new-yorker" doit manger sa pizza : en pliant d'un geste auguste la partie large du triangle pointu pour mieux la saisir d'une main et l'introduire promptement dans sa bouche, sans aide d'aucun autre ustensile...
 
Ce morceau d'anthologie télévisuel, outre sa virtuosité, inspire plusieurs réflexions : 
- Face à un étranger, la nourriture est le premier vecteur de présentation de son identité.
- Sur les "manières de table", "Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au- delà"... ou comment chaque manière de table, même semblant inexistante (la préhension de la pizza est sa façon une manière de table), est culturelle.
- La pizza, cette galette de pâte à pain qui fait figure d'assiette comestible où chacun peut mettre à peu près tout ce qu'il veut, est ici vécu et présenté comme le symbole d'un melting pot réussi à la New Yorkaise. Réalité ou fiction ?
- Grâce à la liberté d'interprétations culinaires, quasi universelles, la pizza est un symbole d'intégration politique.
 - La revendication de ces "non manières de table", révélatrice de la puissance du marqueur identitaire culinaire, est vécu et revendiqué ici comme primaire, essentiel, sauvage mais fédérateur, à l'image des "non manières de table" "cool" véhiculées et revendiquées par Mac Donalds dans le monde entier.   
- Où l'on comprendra, a contrario, pourquoi le repas gastronomique américain n'a pas été inscrit au patrimoine immatériel de l'unesco...
Regardez cette vidéo, en plus d'être édifiante, elle est hilarante ! Un vrai morceau d'anthologie...
   
Par foodconsulting.over-blog.com - Publié dans : Regards sur l'actualité
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